Demander pardon, ce n’est pas s’abaisser
Certaines personnes ont grandi avec l’idée que reconnaître ses torts revient à perdre quelque chose.
Perdre de l’autorité.
Perdre la face.
Donner raison à l’autre.
Se montrer vulnérable.
Chez certains hommes en particulier, cette difficulté peut être renforcée par une éducation qui valorise la dureté, la maîtrise de soi et le fait de ne jamais paraître faible.
Alors au lieu de dire « pardon », on essaie parfois de réparer autrement.
On achète quelque chose.
On rend un service.
On fait une blague.
On devient soudain plus attentionné.
On revient comme si rien ne s’était passé.
Ces gestes peuvent être touchants. Mais ils ne remplacent pas toujours les mots.
Parce que demander pardon ne signifie pas : « Je suis inférieur à toi. »
Cela signifie simplement : « Je reconnais que, sur ce point, j’ai mal agi. »
Et il faut souvent plus de force pour reconnaître cela que pour l’éviter.
Une excuse donne à l’autre quelque chose que les gestes seuls ne donnent pas toujours
Quand quelqu’un nous a blessés et qu’il agit ensuite gentiment sans jamais revenir sur ce qui s’est passé, une question peut rester :
Est-ce qu’il a réellement compris ce qu’il m’a fait ?
C’est là que les mots ont leur importance.
Dire :
« Je comprends que ce que j’ai fait t’a blessé. »
« Je n’aurais pas dû te parler de cette manière. »
« J’ai eu tort. »
« Je te demande pardon. »
permet à l’autre de savoir que la situation a été comprise.
Il ne s’agit plus seulement de retrouver une bonne ambiance.
Il s’agit de reconnaître ce qui s’est passé.
Et cette reconnaissance peut parfois réparer davantage qu’un cadeau ou qu’un geste spectaculaire.
Reprendre normalement ne veut pas dire que la blessure est réparée
Parfois, après un conflit ou une humiliation, les choses reprennent.
On recommence à parler.
On rit à nouveau.
On échange normalement.
On accepte même le cadeau ou le geste de réconciliation.
De l’extérieur, on peut avoir l’impression que tout est réglé.
Mais ce n’est pas toujours le cas.
Une personne peut choisir de ne pas prolonger le conflit sans pour autant avoir oublié ce qu’elle a ressenti.
Elle peut comprendre que l’autre regrette.
Elle peut accepter son geste.
Elle peut décider de continuer la relation.
Et pourtant, quelque chose peut rester en elle.
Parce que revenir à une communication normale n’efface pas automatiquement la blessure.
Certaines paroles restent.
Certaines humiliations laissent une trace.
Certains gestes peuvent modifier la manière dont on regarde l’autre, même lorsque l’on ne souhaite pas en parler constamment.
C’est aussi pour cela que demander pardon a une importance particulière.
Les cadeaux, les gestes tendres ou le retour à la normale peuvent aider à apaiser la situation, mais les mots permettent parfois de reconnaître clairement ce qui s’est passé.
Dire : « Je sais que je t’ai blessé » peut faire une grande différence.
Parce que la personne en face n’a plus besoin de se demander si sa douleur a été comprise ou simplement contournée.
Et parfois, ce qui empêche réellement une blessure de se refermer n’est pas seulement ce qui s’est passé.
C’est aussi le sentiment que personne n’a jamais vraiment reconnu ce qui s’est passé.
S’excuser demande de mettre son ego de côté
Le plus difficile dans les excuses n’est pas toujours d’admettre que l’autre a souffert.
C’est parfois d’accepter l’image que cela nous renvoie de nous-mêmes.
Nous aimons nous voir comme de bonnes personnes.
Comme quelqu’un de juste.
De raisonnable.
De respectueux.
Alors reconnaître que nous avons été injustes, maladroits, égoïstes ou blessants peut être inconfortable.
Mais faire une erreur ne signifie pas que nous sommes une mauvaise personne.
Cela signifie simplement que nous avons fait quelque chose qui mérite d’être reconnu et, lorsque c’est possible, réparé.
La maturité consiste aussi à comprendre que nous pouvons être quelqu’un de bien et malgré tout avoir tort.
Une vraie excuse n’est pas seulement le mot « pardon »
Il est également possible de s’excuser sans véritablement reconnaître sa responsabilité.
« Désolé si tu l’as mal pris. »
« Pardon, mais tu m’as énervé. »
« Je suis désolé que tu sois vexé. »
Ce genre de phrases ressemble à une excuse, mais déplace souvent la responsabilité vers l’autre.
Une excuse sincère ressemble davantage à :
« Je n’aurais pas dû faire ça. Je comprends que cela t’ait blessé. Je suis désolé. »
Elle ne cherche pas immédiatement une justification.
Elle ne demande pas à l’autre d’oublier dans la seconde.
Elle reconnaît simplement une réalité.
Les actes restent indispensables
Les mots ont de la valeur.
Mais les mots sans changement peuvent finir par perdre leur sens.
Quelqu’un peut demander pardon dix fois et reproduire exactement le même comportement onze fois.
Dans ce cas, l’excuse devient insuffisante.
C’est pourquoi le pardon le plus crédible est souvent composé de deux choses :
des mots qui reconnaissent la faute et des actes qui montrent qu’on essaie de faire autrement.
Les deux se complètent.
Il ne s’agit donc pas d’opposer les paroles aux gestes.
Il s’agit de comprendre qu’un geste peut montrer l’affection, tandis que les mots permettent parfois de reconnaître précisément la blessure.
Savoir s’excuser protège aussi les relations
Beaucoup de conflits ne deviennent pas graves à cause de l’erreur initiale.
Ils deviennent graves parce que personne ne veut faire le premier pas.
Chacun attend.
Chacun protège sa fierté.
Chacun veut que l’autre reconnaisse d’abord ses torts.
Et quelque chose qui aurait pu être réglé en quelques minutes devient une distance de plusieurs jours, plusieurs mois, parfois plusieurs années.
Une excuse sincère peut désamorcer beaucoup de choses.
Elle ne garantit pas que tout redeviendra immédiatement comme avant.
Elle ne force pas non plus l’autre à pardonner.
Mais elle ouvre une porte.
Elle dit :
« Notre relation compte suffisamment pour moi pour que je mette mon orgueil de côté. »
Demander pardon n’efface pas notre dignité
On peut parfois avoir peur qu’en s’excusant, l’autre profite de notre gentillesse.
Mais reconnaître sa part de responsabilité ne signifie pas accepter toutes les fautes.
On peut parfaitement dire :
« Sur ce point, j’ai eu tort et je te demande pardon. Mais sur l’autre, je maintiens ce que j’ai dit. »
S’excuser n’oblige pas à se rendre responsable de tout.
Ce n’est pas se soumettre.
C’est savoir distinguer ce qui nous appartient de ce qui ne nous appartient pas.
Et cette capacité est une forme de solidité intérieure.
Apprendre à dire pardon peut s’apprendre
Certaines personnes n’ont tout simplement jamais vu de véritables excuses autour d’elles.
Dans certaines familles, on se dispute puis on recommence à parler quelques heures plus tard sans jamais revenir sur le problème.
L’affection revient, mais les mots ne viennent pas.
On peut alors reproduire ce fonctionnement toute sa vie.
Pourtant, il est possible d’apprendre.
Commencer simplement.
Dire ce que l’on reconnaît.
Éviter de se justifier immédiatement.
Écouter l’autre.
Et accepter parfois qu’une excuse ne produise pas instantanément le résultat espéré.
Parce que demander pardon n’est pas une technique destinée à obtenir quelque chose.
C’est une manière de prendre responsabilité pour sa propre conduite.
Ceux qui savent s’excuser ne sont pas les plus faibles
Peut-être même que c’est l’inverse.
Il faut une certaine sécurité intérieure pour pouvoir dire :
« Oui, j’ai eu tort. »
Sans avoir l’impression de perdre toute sa valeur.
Il faut de l’humilité pour reconnaître que nous ne sommes pas toujours justes.
Il faut du courage pour revenir sur une situation inconfortable.
Et il faut beaucoup de maturité pour comprendre qu’une relation peut compter davantage que le besoin d’avoir toujours raison.
Savoir demander pardon ne nous rend pas plus petits.
Cela montre simplement que notre ego n’a pas besoin de gagner toutes les batailles.
Et parfois, quelques mots sincères peuvent préserver quelque chose que la fierté aurait fini par détruire.

