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Conseils et réflexions

Et si on éduquait aussi les garçons avec autant d’exigence que les filles ?

Il y a une réflexion qui me revient souvent lorsque j’observe la manière dont nous parlons de l’éducation des enfants.
Quand il s’agit des filles, nous sommes généralement très attentifs.
On leur apprend à faire attention à leur comportement.
À leur manière de parler.
À leur réputation.
À leurs fréquentations.
À la façon dont elles doivent se protéger.
À leur manière de choisir un homme.
À ce qu’elles doivent accepter ou ne pas accepter dans une relation.
À savoir tenir une maison.
À devenir autonomes.
À éviter certaines erreurs.
Très tôt, beaucoup de filles entendent des conseils sur la vie de couple, la maternité, les hommes, leur sécurité, leur sexualité ou encore ce que l’on attendra d’elles lorsqu’elles deviendront adultes.
Mais lorsqu’il s’agit des garçons, je me demande parfois si nous mettons la même énergie dans une autre question :
Quel type d’homme sommes-nous en train de préparer ?
Pas uniquement quel métier aura-t-il.
Pas seulement combien gagnera-t-il.
Pas simplement s’il sera capable de « réussir sa vie ».
Mais quel compagnon sera-t-il ?
Quel père ?
Quel collègue ?
Quel ami ?
Quel homme sera-t-il lorsqu’une femme lui dira non ?
Que fera-t-il lorsqu’il aura blessé quelqu’un ?
Comment réagira-t-il lorsqu’il aura tort ?
Quelle place donnera-t-il aux femmes dans sa vie ?
Et surtout : lui aura-t-on appris tout cela avant de le laisser entrer dans la vie des autres ?

Et si on éduquait aussi les garçons avec autant d’exigence que les filles ?

On demande beaucoup aux filles, mais parfois beaucoup moins aux garçons

Bien sûr, toutes les familles ne fonctionnent pas de la même manière.

Il existe énormément de garçons très bien éduqués et des parents qui accordent une grande importance à ces sujets.

Mais certaines habitudes restent profondément installées dans nos sociétés.

Une fille doit apprendre à cuisiner.

Son frère peut parfois attendre d’être servi.

Une fille doit faire attention à ne pas « se faire avoir » par les hommes.

Mais parle-t-on autant aux garçons de la manière dont ils doivent se comporter avec les femmes ?

Une fille doit apprendre à « bien choisir son mari ».

Mais apprend-on suffisamment aux garçons à devenir eux-mêmes des hommes avec lesquels il sera sain de construire quelque chose ?

Une fille doit apprendre à préserver son couple.

Mais explique-t-on autant à un garçon qu’une relation demande de la fidélité, de la responsabilité, de la communication, du respect et des efforts des deux côtés ?

Il ne s’agit pas de nier les conseils donnés aux garçons.

Il s’agit plutôt de nous demander si nous mettons la même exigence sur leur construction émotionnelle, relationnelle et morale que sur celle des filles.

Un garçon ne devient pas un homme à 25 ans

Parfois, lorsque certains comportements apparaissent chez des hommes adultes, on agit comme s’ils étaient apparus subitement.

Mais une grande partie de ce que nous devenons se construit bien avant l’âge adulte.

Un garçon que l’on excuse constamment parce que « c’est un garçon » apprend quelque chose.

Un garçon qui n’est jamais obligé de participer à la vie de la maison apprend quelque chose.

Celui à qui l’on évite systématiquement les conséquences de ses actes apprend également quelque chose.

Celui qui grandit en voyant les femmes servir les hommes pendant que les hommes restent assis reçoit lui aussi un message.

Même lorsqu’aucun adulte ne prononce explicitement :

« Les femmes sont inférieures aux hommes. »

L’enfant observe.

Il absorbe.

Il comprend les places que chacun occupe.

Et plus tard, certaines de ces choses peuvent lui sembler parfaitement normales.

C’est pourquoi l’éducation des garçons ne peut pas commencer lorsqu’ils deviennent adultes.

Elle commence dans les petites choses du quotidien.

Protéger nos filles… mais aussi éduquer nos garçons

On explique énormément aux filles comment se protéger des garçons et des hommes.

Ne rentre pas seule.

Fais attention à ce garçon.

Ne lui fais pas trop confiance.

Ne te laisse pas manipuler.

Ne reste pas dans une relation où l’on te manque de respect.

Ces conseils peuvent être nécessaires.

Mais il existe une autre question que nous devons peut-être davantage nous poser :

Et si nous consacrions aussi une partie de cette énergie à apprendre aux garçons à ne pas devenir les hommes dont les filles devront se protéger ?

Cela change complètement la perspective.

Au lieu de faire porter toute la responsabilité de la sécurité sur les filles, nous préparons également les garçons à respecter les limites des autres.

À comprendre le consentement.

À accepter un refus.

À gérer la frustration.

À ne pas confondre insistance et séduction.

À ne pas considérer l’attention d’une femme comme quelque chose qui leur est dû.

Et cela commence tôt.

Apprendre à un garçon que « non » signifie réellement non

Cela peut commencer par des choses extrêmement simples.

Respecter le « non » d’un autre enfant.

Ne pas rire lorsqu’un garçon insiste après un refus.

Ne pas lui apprendre que lorsqu’une fille refuse ses avances, il doit simplement « persévérer jusqu’à ce qu’elle cède ».

Comprendre qu’une personne peut changer d’avis.

Qu’une relation n’est jamais un droit acquis.

Qu’une petite amie, une épouse ou une partenaire n’appartient pas à son compagnon.

Cela semble évident lorsqu’on le formule ainsi.

Mais beaucoup de comportements adultes trouvent leurs racines dans des idées qui ont été normalisées très tôt.

Éduquer un garçon au respect des femmes ne doit donc pas commencer le jour où il présente sa première petite amie à la maison.

L’éducation domestique concerne aussi les garçons

Il y a également quelque chose de très concret : l’autonomie.

Faire son lit.

Nettoyer.

Faire la vaisselle.

Préparer quelques repas.

Laver ses vêtements.

Entretenir son espace.

Ce ne sont pas des compétences féminines.

Ce sont des compétences de vie.

Un homme adulte devrait pouvoir prendre soin de lui-même et de son environnement sans attendre qu’une femme le fasse à sa place.

Et lorsque nous enseignons naturellement ces choses aux garçons, nous ne les « féminisons » pas.

Nous les rendons autonomes.

Nous les préparons à participer équitablement à un foyer.

Parce qu’un jour, s’il vit avec quelqu’un, cette personne ne devrait pas automatiquement devenir sa mère de remplacement.

Il faut aussi parler aux garçons de leurs relations amoureuses

Je trouve intéressant de voir à quel point certaines mères parlent avec leurs filles de leurs choix amoureux.

Elles leur donnent des conseils.

Elles leur expliquent ce qu’elles ne doivent pas accepter.

Elles leur parlent parfois du mariage, de la fidélité, du respect ou de la manière dont elles devraient construire leur foyer.

Mais les garçons ont également besoin de ces conversations.

Pas seulement :

« Tu as une petite copine ? »

Ou :

« Il y en a combien ? »

Mais des discussions plus profondes.

Comment traites-tu la personne avec qui tu es ?

Est-ce que tu lui mens ?

Est-ce que tu lui fais des promesses que tu ne comptes pas tenir ?

Est-ce que tu lui parles avec respect ?

Est-ce que tu sais reconnaître tes erreurs ?

Est-ce que tu es capable de mettre fin correctement à une relation au lieu de faire souffrir inutilement quelqu’un ?

Est-ce que tu comprends ce que signifie être fidèle lorsque tu t’engages à l’être ?

Est-ce que tu considères les sentiments des autres comme quelque chose de sérieux ?

Les garçons aussi ont besoin d’être guidés dans leurs choix amoureux.

Protéger son fils ne doit pas signifier faire du mal aux filles des autres

C’est probablement l’un des points les plus sensibles.

L’amour d’une mère pour son fils est naturel.

Vouloir le protéger également.

Mais cette protection ne devrait pas conduire à cautionner tout ce qu’il fait.

Imaginez un garçon qui entretient plusieurs relations en même temps.

Sa mère connaît plusieurs de ses petites amies.

Elle sait qu’elles croient chacune être la seule.

Mais elle couvre son fils.

Elle ment pour lui.

Elle accueille chacune avec le sourire.

Elle garde le secret parce que, selon elle, son rôle est de protéger son enfant.

On peut comprendre l’instinct maternel.

Mais ces jeunes femmes sont elles aussi les enfants de quelqu’un.

Elles ont des sentiments.

Elles ont une dignité.

Elles peuvent être profondément blessées.

Aimer son fils ne signifie pas devoir devenir complice de tout ce qu’il fait.

Parfois, aimer son enfant consiste justement à lui dire :

« Là, ce que tu fais n’est pas correct. »

Lui éviter toute confrontation avec ses propres erreurs ne le prépare pas à devenir un homme responsable.

Un fils a besoin d’une mère qui puisse également le reprendre

Certaines mères sont extrêmement exigeantes avec leurs filles et beaucoup plus indulgentes avec leurs fils.

Par amour.

Par culture.

Parce qu’elles pensent que les garçons « sont comme ça ».

Mais peut-être qu’un garçon a justement besoin d’une mère capable de lui dire des choses difficiles.

« Tu as tort. »

« Va présenter tes excuses. »

« Tu ne peux pas traiter quelqu’un de cette manière. »

« Tu t’es engagé avec cette personne, respecte ton engagement. »

« Cette jeune femme n’est pas responsable de ton linge et de tes repas. »

« Tu as fait un enfant, assume ton rôle de père. »

Ce genre de phrases peut parfois être un acte d’amour bien plus important que de constamment couvrir son fils.

Mais cette responsabilité ne repose pas uniquement sur les mères

Il faut aussi être juste.

L’éducation des garçons ne doit pas devenir une nouvelle charge que l’on dépose exclusivement sur les femmes.

Les pères ont une responsabilité immense.

Les frères aînés aussi.

Les oncles.

Les enseignants.

Les éducateurs.

Les communautés.

Les médias.

Les hommes que les garçons observent.

Parce qu’un enfant apprend autant de ce qu’on lui dit que de ce qu’il voit.

Un père peut expliquer à son fils qu’il faut respecter les femmes.

Mais si ce même garçon le voit rabaisser sa mère constamment, le message réel sera ailleurs.

Les garçons ont aussi besoin de modèles masculins qui leur montrent qu’un homme peut être ferme sans être violent, sensible sans avoir honte, fidèle sans se sentir diminué, respectueux sans perdre son autorité, et capable de prendre soin d’une maison ou d’un enfant sans considérer cela comme une tâche féminine.

L’éducation émotionnelle des garçons est essentielle

Il y a également une habitude à remettre en question : demander aux garçons très tôt de ne pas montrer certaines émotions.

« Un garçon ne pleure pas. »

« Sois un homme. »

« Arrête d’être sensible. »

À force, certains garçons apprennent à repousser la tristesse, la peur ou la vulnérabilité.

Mais ces émotions ne disparaissent pas.

Elles peuvent parfois ressortir autrement.

Par de la colère.

De l’agressivité.

Du silence.

De la fuite.

Une incapacité à communiquer.

Éduquer un garçon émotionnellement ne consiste pas à lui demander de pleurer tout le temps.

Cela consiste à lui permettre d’identifier ce qu’il ressent et à lui apprendre à l’exprimer correctement.

Dire :

« Je suis blessé. »

« Je suis jaloux. »

« J’ai peur. »

« Je me suis senti humilié. »

« J’ai besoin de temps. »

est souvent beaucoup plus sain que transformer toutes les émotions en colère.

Apprendre à reconnaître ses torts et demander pardon

Cela aussi devrait faire partie de l’éducation.

Un garçon doit pouvoir grandir en comprenant que demander pardon ne l’affaiblit pas.

Qu’il peut avoir tort.

Qu’il peut blesser quelqu’un.

Qu’il peut revenir et dire :

« Je n’aurais pas dû faire ça. »

« Je suis désolé. »

« Comment est-ce que je peux réparer ? »

Nous avons besoin d’hommes qui n’associent pas systématiquement les excuses à une perte d’autorité.

Être capable d’assumer une erreur est une forme de maturité.

L’éducation sexuelle ne doit pas se limiter aux filles

Là encore, les filles reçoivent énormément d’avertissements.

« Ne tombe pas enceinte. »

« Fais attention. »

« Ne fais pas confiance aux garçons. »

Mais les garçons ont également besoin d’une véritable éducation sexuelle.

La responsabilité d’une grossesse ne concerne pas uniquement la femme.

La contraception ne devrait pas être présentée comme son problème à elle seule.

Les infections sexuellement transmissibles concernent les deux partenaires.

Le consentement concerne les deux partenaires.

Et surtout, la sexualité ne devrait pas être enseignée aux garçons comme une compétition.

Un homme n’est pas plus « homme » parce qu’il multiplie les partenaires.

Le nombre de femmes avec lesquelles il a couché n’est pas une mesure de sa valeur.

Cette idée peut sembler banale, mais elle reste importante lorsque certains groupes continuent d’encourager les garçons à mesurer leur virilité à leur capacité à séduire ou à accumuler les conquêtes.

Une sexualité responsable suppose du respect, du consentement, de la protection, de l’honnêteté et la capacité d’assumer les conséquences de ses choix.

La fidélité aussi est une valeur que l’on peut transmettre

Lorsqu’un garçon grandit en entendant constamment que « tous les hommes trompent », il peut finir par considérer l’infidélité comme quelque chose de presque naturel.

Comme une fatalité masculine.

Mais l’infidélité n’est pas un réflexe biologique auquel aucun homme ne pourrait résister.

C’est un comportement.

Et comme beaucoup de comportements, il existe derrière des choix, des valeurs et une conception de l’engagement.

On peut apprendre à un garçon que lorsqu’il choisit une relation exclusive, sa parole compte.

Et que s’il ne souhaite plus être engagé, il peut quitter une relation plutôt que de maintenir quelqu’un dans le mensonge.

Un homme respectueux n’est pas un homme faible

C’est peut-être aussi une chose importante à transmettre.

La gentillesse n’est pas une faiblesse.

La fidélité n’est pas une faiblesse.

Faire la vaisselle n’est pas une faiblesse.

Demander pardon n’est pas une faiblesse.

Écouter une femme n’est pas une faiblesse.

Respecter un refus n’est pas une faiblesse.

Exprimer ses émotions n’est pas une faiblesse.

Être un homme ne devrait pas nécessiter de rabaisser quelqu’un d’autre.

Nous pouvons changer certaines habitudes génération après génération

On ne changera pas toutes les normes sociales avec une seule génération.

Et aucun parent ne produit un adulte parfait.

Un enfant possède également son propre caractère, fait ses propres choix et finira par être responsable de l’adulte qu’il devient.

Mais l’éducation compte.

Les messages répétés comptent.

Les exemples comptent.

Les limites comptent.

Les conversations comptent.

Et chaque famille peut apporter sa pierre à l’édifice.

Si un jour j’ai un garçon…

C’est personnellement une réflexion qui me touche beaucoup.

Si un jour j’ai un fils, je sais que je l’aimerai profondément.

Mais j’aimerais aussi me rappeler que mon rôle ne sera pas simplement de le protéger de tout.

Je voudrais l’aider à devenir autonome.

Responsable.

Respectueux.

Capable de reconnaître ses erreurs.

Capable d’aimer sans posséder.

Capable de rester fidèle à ses engagements.

Capable d’entendre un « non ».

Capable de prendre soin de lui-même.

Capable d’exprimer ce qu’il ressent.

Et surtout, capable de considérer les femmes comme des êtres humains à part entière, pas comme des personnes chargées de le servir, de le réparer ou de supporter tous ses comportements.

Je ne voudrais pas seulement élever un fils dont je serais fière.

Je voudrais contribuer à former un homme que les autres pourront également respecter et auprès duquel ils pourront se sentir respectés.

Élever un garçon, c’est aussi penser aux personnes qu’il rencontrera demain

Il y a peut-être là une autre manière de regarder l’éducation.

Lorsque nous éduquons un enfant, nous ne préparons pas uniquement son avenir.

Nous préparons aussi, en partie, la manière dont il entrera un jour dans la vie des autres.

Il sera peut-être le compagnon de quelqu’un.

Le mari de quelqu’un.

Le père de quelqu’un.

Le collègue de quelqu’un.

L’ami de quelqu’un.

Et la manière dont il aura appris à respecter, écouter, aimer, gérer ses frustrations, prendre ses responsabilités et reconnaître ses erreurs aura des conséquences qui dépasseront largement sa propre vie.

Alors peut-être que nous devrions continuer à conseiller nos filles.

À les rendre fortes.

À leur apprendre à se protéger et à être autonomes.

Mais en même temps, consacrer autant d’attention à nos garçons.

Parce que l’égalité ne consiste pas seulement à apprendre aux filles à devenir plus fortes dans un monde parfois injuste.

Elle consiste aussi à élever des garçons qui contribueront, demain, à rendre ce monde un peu plus juste.