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Émotions & vécu

Le mental d’acier ne ressemble pas toujours à ce qu’on imagine

Nous avons une image assez précise de ce qu’est une personne forte.
Elle ne pleure pas facilement.
Elle garde son calme.
Elle ne montre pas trop ses faiblesses.
Elle encaisse.
Elle ne se plaint pas.
Elle semble difficile à atteindre.
Elle donne l’impression que, quoi qu’il arrive, elle saura gérer.
À l’inverse, lorsqu’une personne est très sensible, qu’elle pleure facilement, qu’elle exprime ses peurs, qu’elle reconnaît qu’une situation lui fait mal ou qu’elle semble profondément affectée par ce qu’elle traverse, nous sommes beaucoup plus rapides à employer certains mots :
Fragile. Trop sensible. Faible. Émotive. Pas assez forte mentalement.
Et si nous nous trompions parfois complètement ?
Et si certaines personnes que nous croyons fragiles possédaient, en réalité, un mental extraordinairement résistant ?
Parce qu’il existe une différence importante entre paraître solide et être difficile à briser.
Et les deux ne vont pas toujours ensemble.

Le mental d’acier ne ressemble pas toujours à ce qu’on imagine

Nous regardons celui qui tremble, mais regardons-nous le poids qu’il porte ?

Imaginons deux personnes.

La première porte 100 kilos sur ses épaules.

Le poids est énorme.

Ses jambes tremblent.
Elle transpire.
Elle vacille.
Elle grimace.
Elle dit que c’est difficile.
Par moments, elle donne l’impression qu’elle va tomber.

Mais elle avance.

Lentement peut-être.

Difficilement certainement.

Elle tremble sous le poids, mais elle continue de le porter.

La deuxième personne porte 20 kilos.

Elle paraît beaucoup plus à l’aise. Elle marche droit. Elle ne tremble pas. Elle donne l’impression d’être solide, résistante, parfaitement maîtresse d’elle-même.

Puis ses 20 kilos deviennent trop lourds pour elle.

Et elle tombe.

Si nous avions observé uniquement l’apparence des deux personnes quelques secondes auparavant, laquelle aurions-nous probablement désignée comme la plus forte ?

La deuxième.

Parce que nous aurions regardé le tremblement.

Pas le poids.

Pourtant, la première était en train de supporter cinq fois plus.

C’est peut-être l’une des erreurs que nous faisons également avec les êtres humains.

Nous observons beaucoup la manière dont quelqu’un manifeste sa souffrance, mais beaucoup moins la quantité de souffrance qu’il est réellement capable de traverser.

Or ce ne sont pas les mêmes choses.

On peut trembler beaucoup et supporter beaucoup.

On peut pleurer beaucoup et continuer à avancer.

On peut être profondément affecté et posséder malgré tout une capacité de résistance impressionnante.

Et à l’inverse, on peut donner pendant longtemps l’image de quelqu’un que rien n’atteint, puis s’effondrer face à une difficulté beaucoup moins importante que celles qu’une personne que l’on jugeait « fragile » a déjà traversées.

Nous n’avons pas tous la même capacité de résistance mentale. Et surtout, cette capacité ne se voit pas toujours de l’extérieur.

Être sensible et avoir un mental d’acier ne sont pas contradictoires

C’est probablement là que se trouve l’un de nos plus grands malentendus.

Nous avons presque transformé la sensibilité et la force en deux extrêmes opposés.

Comme s’il fallait choisir.

Soit on est sensible.

Soit on est fort.

Pourtant, une personne peut être extrêmement sensible et extrêmement résistante à la fois.

Elle peut ressentir très intensément ce qui lui arrive.

Une parole peut la toucher profondément.

Une trahison peut lui faire énormément de mal.

Une perte peut provoquer chez elle un immense chagrin.

Une injustice peut la bouleverser.

Elle peut pleurer beaucoup.

Elle peut avoir besoin de parler.

Elle peut reconnaître sans difficulté :

« Là, j’ai mal. »

Et malgré tout cela, lorsque la vie lui impose des épreuves lourdes, elle continue.

Elle tombe parfois à genoux, puis se relève.

Elle traverse des périodes difficiles sans perdre définitivement sa capacité à avancer.

Elle souffre sans nécessairement perdre son identité.

Elle peut être profondément blessée sans devenir définitivement amère.

Elle peut être déçue sans perdre toute capacité à faire confiance.

Elle peut traverser une période où elle ne se reconnaît plus, puis progressivement se retrouver.

Sa sensibilité décrit l’intensité avec laquelle elle ressent. Elle ne nous dit pas automatiquement jusqu’à quel point elle est capable de résister.

Et c’est précisément ce que nous oublions lorsque nous assimilons trop rapidement sensibilité et fragilité.

Certaines personnes paraissent fortes… mais supportent peu

Il faut aussi accepter de dire l’inverse.

Parce que cela existe.

Certaines personnes donnent une impression extraordinaire de solidité.

Elles parlent comme si rien ne pouvait réellement les atteindre.

Elles valorisent énormément le contrôle.

Elles ne montrent presque jamais leurs faiblesses.

Elles peuvent avoir du mal à comprendre ceux qui pleurent beaucoup ou qui parlent ouvertement de leurs émotions.

Elles peuvent même considérer certaines réactions comme exagérées :

« Moi, je ne pleurerais jamais pour ça. »

« Il faut être fort dans la vie. »

« Elle est beaucoup trop sensible. »

« Il faut avoir un mental. »

Et pourtant, lorsqu’elles rencontrent certaines difficultés, elles peuvent elles aussi s’effondrer.

Parfois même face à des épreuves moins lourdes que celles traversées par des personnes qu’elles considéraient auparavant comme fragiles.

Parce qu’avoir une apparence dure ne garantit pas une grande capacité d’encaissement.

Être peu démonstratif n’est pas automatiquement être résilient.

Ne pas pleurer n’est pas une mesure du mental.

Savoir cacher sa peur n’est pas la même chose que savoir traverser ce qui nous fait peur.

Et répéter que l’on est fort ne signifie pas nécessairement que l’on possède une plus grande capacité à supporter l’adversité.

Il existe des gens qui paraissent forts et qui supportent peu. Comme il existe des gens qui paraissent fragiles et qui supportent énormément.

Ce constat n’a pas pour but de mépriser ceux qui s’effondrent. Nous avons tous des limites, et certaines circonstances peuvent dépasser les ressources d’une personne à un moment donné.

Mais il remet en question une idée profondément ancrée :

l’apparence de force n’est pas la force.

Plier n’est pas casser

Prenons une autre image.

Imaginez deux matériaux.

Le premier est épais, dur et extrêmement rigide.

À première vue, il inspire confiance.

On exerce une pression sur lui.

Il bouge à peine.

On augmente la pression.

Toujours presque aucun mouvement.

Il semble indestructible.

Puis la pression atteint un certain niveau.

Et soudain :

il casse.

À côté, un autre matériau paraît beaucoup plus souple.

La pression commence.

Immédiatement, il bouge.

On augmente la pression.

Il se courbe.

Encore davantage.

À le regarder, on pourrait croire qu’il est beaucoup plus fragile que le premier.

La pression continue.

Il se tord énormément.

Mais il ne casse pas.

Puis la pression diminue.

Et progressivement, il retrouve sa forme.

Lequel était réellement le plus résistant ?

Celui qui paraissait le plus dur ?

Ou celui qui possédait la capacité d’absorber une pression importante sans se briser ?

C’est peut-être exactement ce que nous oublions lorsque nous regardons certaines personnes sensibles.

Nous voyons qu’elles plient et nous imaginons qu’elles vont casser.

Nous les voyons pleurer et nous pensons qu’elles ne supporteront pas la suite.

Nous les voyons bouleversées et nous croyons qu’elles sont en train de s’effondrer définitivement.

Nous les voyons trembler et nous confondons ce tremblement avec une absence de résistance.

Mais parfois, elles plient.

Encore.

Encore.

Encore.

Et elles ne cassent pas.

« Avec tout ce qu’elle ressent, comment va-t-elle supporter ça ? »

C’est une question que l’on peut facilement se poser devant quelqu’un de très sensible.

Parce que sa souffrance est visible.

Quand cette personne aime, cela se voit.

Quand elle est heureuse, cela se voit.

Quand elle est déçue, cela se voit.

Quand elle souffre, cela se voit également.

Alors lorsqu’une grosse épreuve arrive, son entourage peut avoir peur pour elle.

On imagine qu’elle ne va jamais s’en remettre.

On pense qu’elle est trop fragile pour supporter autant.

Et pourtant, quelques mois ou quelques années plus tard, elle est toujours là.

Pas nécessairement intacte.

Pas nécessairement sans cicatrices.

Pas nécessairement devenue insensible.

Mais debout.

Et c’est parfois seulement à ce moment-là que les autres découvrent quelque chose qu’ils n’avaient jamais vu :

son mental.

Parce qu’un mental fort n’est pas toujours spectaculaire.

Il ne porte pas forcément un visage impassible.

Il ne parle pas nécessairement avec assurance.

Il ne dit pas constamment : « Moi, rien ne m’atteint. »

Parfois, il pleure.

Parfois, il a peur.

Parfois, il appelle quelqu’un pour dire : « Je n’en peux plus. »

Parfois, il traverse une journée entière en pensant qu’il ne pourra pas supporter une journée supplémentaire.

Et le lendemain…

il se relève encore.

Nous jugeons parfois les gens au pire moment de leur tempête

C’est probablement l’une des choses les plus injustes que nous puissions faire.

Voir quelqu’un au moment où tout s’écroule autour de lui et décider, à partir de sa réaction :

« Cette personne est faible. »

Mais que savons-nous réellement du poids qu’elle porte ?

Une personne peut cumuler les problèmes professionnels, financiers, familiaux, judiciaires, sentimentaux ou personnels.

Elle peut avoir peur pour son avenir.

Elle peut perdre plusieurs repères en même temps.

Elle peut être épuisée après des mois ou des années à essayer de tenir.

Et lorsque nous la voyons finalement pleurer, paniquer ou dire qu’elle n’en peut plus, nous observons quelques minutes de sa vie et nous croyons avoir mesuré son mental.

Mais peut-être que la véritable question devrait être :

Depuis combien de temps tient-elle déjà ?

Combien de poids porte-t-elle ?

Combien de fois s’est-elle déjà relevée ?

Combien de choses continue-t-elle d’assumer alors qu’elle souffre ?

Combien de batailles invisibles a-t-elle traversées avant celle-ci ?

Peut-être ne sommes-nous pas devant quelqu’un qui ne supporte rien.

Peut-être sommes-nous devant quelqu’un qui supporte énormément depuis beaucoup trop longtemps.

Il est facile de regarder quelqu’un trembler sous 100 kilos et de commenter son tremblement.

Il est beaucoup plus juste de commencer par reconnaître :

« Cette personne est encore debout avec 100 kilos sur les épaules. »

La force mentale ne consiste pas forcément à rester impassible

Nous avons beaucoup romantisé le « mental d’acier ».

Nous l’imaginons froid.

Inébranlable.

Presque imperméable.

Comme si la personne mentalement forte devait recevoir les coups de la vie sans jamais montrer qu’ils font mal.

Mais peut-être avons-nous confondu absence de réaction et capacité de résistance.

Une personne réellement résistante n’est pas nécessairement quelqu’un sur qui les coups n’ont aucun effet.

C’est parfois quelqu’un sur qui les coups ont énormément d’effet…

mais qui continue malgré leur effet.

Et la différence est immense.

Parce que le courage n’est pas seulement de marcher lorsque nos jambes ne tremblent pas.

Il peut aussi être de marcher avec les jambes qui tremblent.

La force n’est pas seulement de porter quelque chose qui nous semble léger.

Elle peut être de continuer à porter quelque chose dont nous sentons chaque kilogramme.

Et le mental d’acier n’est pas nécessairement :

« Rien ne peut me faire tomber. »

Il peut être :

« Beaucoup de choses m’ont déjà fait vaciller. Et pourtant, regarde : je suis encore là. »

Pleurer beaucoup ne signifie pas supporter peu

C’est là que les personnes très sensibles sont souvent mal comprises.

Parce que leur réaction émotionnelle est visible, on suppose que leur seuil de résistance est faible.

Pourtant, les deux ne sont pas nécessairement proportionnels.

Une personne peut pleurer très facilement et avoir traversé des choses extrêmement lourdes.

Elle peut avoir besoin de verbaliser chaque étape de sa douleur et continuer malgré tout à remplir ses responsabilités.

Elle peut avoir besoin de plusieurs conversations pour comprendre ce qu’elle ressent et, en même temps, posséder une remarquable capacité à reconstruire sa vie.

Elle peut avoir des moments où elle semble complètement dépassée et, quelques heures plus tard, reprendre ce qu’elle doit faire.

Elle peut dire :

« Je souffre. »

sans que cette phrase signifie :

« Je suis incapable de supporter cette souffrance. »

C’est peut-être même là l’une des phrases les plus importantes à retenir :

Certaines personnes ne pleurent pas parce qu’elles ne supportent rien. Elles pleurent tout en supportant énormément.

Leurs larmes nous montrent leur douleur.

Elles ne mesurent pas leur résistance.

Un mental fort n’empêche pas d’avoir une limite

Il faut néanmoins éviter de transformer le mental d’acier en nouvelle obligation.

Même la personne la plus résiliente peut atteindre sa limite.

Même quelqu’un qui a supporté énormément peut un jour avoir besoin d’aide.

Même celui qui s’est relevé dix fois peut avoir plus de difficulté à se relever la onzième.

Et lorsqu’une personne traverse une détresse psychologique profonde, demander de l’aide n’annule pas sa force.

La résilience ne signifie pas que nous devons tout supporter seuls.

Elle ne signifie pas non plus qu’il faudrait rester dans des situations destructrices simplement pour prouver que l’on peut les encaisser.

Être capable de porter 100 kilos ne signifie pas qu’on doit accepter que quelqu’un nous en dépose constamment 100 sur les épaules.

La force peut également consister à poser le poids.

À quitter une situation.

À demander de l’aide.

À reconnaître :

« Là, mes ressources ne suffisent plus. »

Parce qu’un mental fort n’est pas un mental condamné à souffrir en silence.

La vraie question n’est peut-être pas : « Est-ce qu’il tremble ? »

Peut-être avons-nous simplement posé la mauvaise question pendant trop longtemps.

Nous regardons quelqu’un traverser une difficulté et nous demandons :

Est-ce qu’il pleure ?

Est-ce qu’il panique ?

Est-ce qu’il se plaint ?

Est-ce qu’il semble affecté ?

Est-ce qu’il reste calme ?

Et à partir de ces signes, nous essayons de mesurer sa force.

Mais peut-être faudrait-il regarder autre chose.

Quel poids est-il en train de porter ?

Depuis combien de temps le porte-t-il ?

Continue-t-il à avancer malgré ce poids ?

Que fait-il après être tombé ?

Arrive-t-il progressivement à se reconstruire ?

Ce qu’il a vécu lui a-t-il retiré définitivement toute capacité d’avancer, ou parvient-il malgré tout à retrouver son chemin ?

Parce qu’au fond, la résilience ne se révèle pas toujours dans les premières secondes du choc.

Elle se révèle souvent dans la durée.

Certains tremblent sous 100 kilos… et restent debout

C’est peut-être cela, finalement, que nous devrions apprendre à voir.

Il existe des personnes qui paraissent extrêmement solides mais dont la capacité de résistance est moins importante qu’on ne l’imaginait.

Et il existe des personnes dont nous avons toujours pensé :

« Elle est beaucoup trop sensible. »

« Elle pleure pour tout. »

« Elle ne supporterait jamais quelque chose de vraiment difficile. »

Puis la vie leur met 100 kilos sur les épaules.

Elles tremblent.

Énormément.

Elles pleurent.

Elles vacillent.

Elles disent que c’est lourd.

Elles ont parfois besoin qu’on les aide à reprendre leur souffle.

Et pourtant…

elles avancent.

C’est là que l’on comprend que nous avions confondu leur sensibilité avec une absence de force.

Nous avions vu leur capacité à ressentir.

Nous n’avions simplement jamais encore vu leur capacité à résister.

Peut-être avons-nous mal défini les personnes fortes

La personne forte n’est pas nécessairement celle qui a l’air la plus dure.

Ce n’est pas nécessairement celle qui parle le moins de ses émotions.

Ce n’est pas automatiquement celle qui pleure le moins.

Et ce n’est certainement pas toujours celle qui affirme le plus souvent qu’elle possède un mental d’acier.

Parfois, la personne la plus résistante de la pièce est précisément celle que tout le monde surveille en pensant :

« Elle est tellement sensible… j’espère qu’elle va tenir. »

Et elle tient.

Elle plie, mais elle ne casse pas.

Elle tremble, mais elle continue.

Elle ressent chaque kilogramme, mais elle porte.

Elle tombe parfois, mais elle ne reste pas nécessairement au sol.

Elle peut être douce sans être faible.

Émotive sans être fragile.

Vulnérable sans être facile à briser.

Sensible et mentalement forte à la fois.

Peut-être même que, chez certaines personnes, ces deux dimensions ne sont pas ennemies.

Peut-être que leur force n’a simplement jamais ressemblé à l’image que nous nous étions faite de la force.

Alors, la prochaine fois que nous verrons quelqu’un trembler sous le poids de ce qu’il traverse, avant de penser qu’il manque de mental, regardons d’abord ce qu’il est en train de porter.

Parce qu’entre celui qui semble solide sous 20 kilos mais s’effondre…

et celui qui tremble sous 100 kilos tout en continuant d’avancer…

celui qui tremble n’est pas forcément le plus fragile.

Il est peut-être simplement celui dont nous n’avions pas encore compris la force.

Le mental d’acier ne se reconnaît pas toujours à celui qui ne plie jamais.
Parfois, il se reconnaît à celui qui plie encore et encore… sans se briser.