Être responsable de sa vie ne signifie pas forcément se connaître
Certaines personnes sont extrêmement responsables.
Elles travaillent.
Elles assument leurs décisions.
Elles prennent soin de leurs proches.
Elles construisent des projets.
Elles savent reconnaître les conséquences concrètes de leurs choix.
Elles peuvent même dire :
« Si ma vie est comme ça aujourd’hui, mes décisions y sont aussi pour quelque chose. »
Et pourtant, ces mêmes personnes peuvent avoir énormément de difficultés à faire un véritable travail d’introspection.
Parce qu’il existe une différence entre assumer ce que l’on fait et comprendre pourquoi certains de nos comportements se répètent.
Dire :
« Oui, c’est moi qui ai pris cette décision »
est une chose.
Se demander :
« Pourquoi est-ce que je prends régulièrement ce type de décision lorsque je me retrouve dans cette situation ? »
en est une autre.
Dire :
« Oui, je me suis encore disputé avec cette personne »
est une chose.
Se demander :
« Pourquoi est-ce que mes conflits finissent souvent de cette manière ? »
en est une autre.
Dire :
« Cette amitié, cette relation ou cette collaboration ne me convenait plus »
peut être parfaitement vrai.
Mais une autre question peut tout de même exister :
« Pourquoi certaines difficultés semblent-elles me suivre d’une relation à une autre ? »
La responsabilité ne consiste donc pas seulement à reconnaître :
« J’ai fait cela. »
Elle peut aussi consister à avoir suffisamment de curiosité envers soi-même pour demander :
« Qu’est-ce qui, en moi, me conduit régulièrement jusque-là ? »
Quand le même scénario revient, il mérite au moins d’être observé
Imaginez plusieurs personnes.
L’une change régulièrement d’amis parce qu’elle finit toujours par se sentir trahie.
Une autre quitte plusieurs emplois en ayant chaque fois le sentiment que ses collègues sont contre elle.
Une autre encore se brouille régulièrement avec des membres de sa famille et considère que personne ne la comprend.
Quelqu’un d’autre enchaîne les relations amoureuses et remarque qu’après une certaine période, il se lasse systématiquement.
Une autre personne commence énormément de projets avec enthousiasme mais les abandonne toujours lorsqu’ils deviennent difficiles.
Ces personnes vivent des histoires complètement différentes.
Et peut-être que, dans chacune de ces histoires, les autres ont réellement leur part de responsabilité.
Mais lorsque nous pouvons nous-mêmes prononcer :
« Ça finit toujours comme ça »,
le mot « toujours » mérite parfois notre attention.
Pourquoi est-ce que je me sens régulièrement trahi ?
Pourquoi est-ce que mes conflits prennent toujours cette forme ?
Pourquoi est-ce que je me retire dès qu’une situation devient émotionnellement difficile ?
Pourquoi est-ce que je perds mon intérêt lorsque la nouveauté disparaît ?
Pourquoi est-ce que je supporte difficilement certaines critiques ?
Pourquoi est-ce que je retrouve régulièrement le même type de problème avec des personnes pourtant très différentes ?
Ces questions ne signifient pas :
« Tout est de ma faute. »
Elles signifient simplement :
« Je suis le seul personnage présent dans chacune de mes histoires. Il est donc raisonnable de me demander ce que j’y apporte moi aussi. »
Changer de personnes peut parfois changer le décor sans changer le mécanisme
Lorsque quelque chose devient difficile, partir peut apporter un immense soulagement.
On change d’ami.
On change de partenaire.
On coupe avec un membre de sa famille.
On change d’équipe.
On quitte un emploi.
On recommence un projet ailleurs.
Et parfois, partir est exactement ce qu’il fallait faire.
Toutes les situations ne doivent pas être réparées.
Toutes les relations ne méritent pas d’être conservées.
Mais dans d’autres cas, le changement d’environnement procure surtout une chose :
un endroit où notre ancien problème ne s’est pas encore manifesté.
Le nouvel ami ne nous connaît pas encore suffisamment.
Le nouveau partenaire n’a pas encore rencontré certaines de nos réactions.
Les nouveaux collègues n’ont pas encore travaillé assez longtemps avec nous.
Le nouveau projet n’a pas encore atteint l’étape qui nous décourage habituellement.
Le nouveau groupe ne nous a pas encore confrontés aux mêmes frustrations.
Tout paraît donc différent.
Et nous pouvons nous dire :
« Tu vois ? Le problème venait bien des autres. Ici, tout va parfaitement. »
Peut-être.
Mais parfois, ce n’est pas le mécanisme qui a disparu.
C’est simplement que le nouveau décor ne l’a pas encore réveillé.
Puis les mois passent.
La proximité augmente.
Les difficultés apparaissent.
Les désaccords arrivent.
Et quelque chose de familier revient.
Alors nous pouvons encore changer de décor.
Puis encore.
Et encore.
Mais à force de quitter chaque endroit où nous sommes confrontés à quelque chose que nous ne voulons pas regarder, nous pouvons parcourir énormément de chemins tout en répétant la même histoire.
Parfois, ce que nous appelons « ma personnalité » mérite aussi d’être interrogé
Nous avons tous des phrases qui nous définissent.
« Moi, je suis comme ça. »
« Je ne fais confiance à personne. »
« Je n’ai besoin de personne. »
« Je me lasse rapidement. »
« Quand quelqu’un me déçoit, je coupe définitivement. »
« Je déteste qu’on me fasse des reproches. »
« Je ne parle pas de mes émotions. »
« Je préfère tout gérer seul. »
« Je m’énerve vite, mais ça redescend vite aussi. »
Peut-être que certaines de ces caractéristiques font simplement partie de notre personnalité.
Mais il existe parfois une question intéressante derrière le traditionnel « je suis comme ça » :
« Pourquoi suis-je devenu comme ça ? »
Notre enfance ne détermine pas automatiquement notre vie adulte.
Tous nos comportements ne proviennent pas forcément d’un traumatisme caché.
Mais nos expériences participent à notre construction.
La manière dont nous avons été aimés.
La manière dont les conflits étaient gérés chez nous.
Ce qui se passait lorsque nous pleurions.
La manière dont les adultes réagissaient lorsque nous faisions une erreur.
La stabilité ou l’instabilité que nous avons connue.
Les responsabilités que nous avons dû prendre trop tôt.
Les abandons.
Les humiliations.
Les comparaisons.
Les silences.
Les choses dont personne ne parlait.
Tout cela peut participer, parfois discrètement, à la manière dont nous apprenons ensuite à aimer, faire confiance, nous défendre, recevoir une critique, gérer le rejet ou supporter la vulnérabilité.
Et le plus étonnant est que nous pouvons sincèrement penser :
« Cela ne m’a jamais affecté. »
Parce que nous avons continué à vivre.
Nous avons travaillé.
Nous avons réussi certaines choses.
Nous sommes devenus autonomes.
Nous avons avancé.
Mais avancer n’est pas toujours la même chose que guérir.
Ne pas parler de ses blessures ne signifie pas qu’elles ont disparu
Une blessure émotionnelle ne se manifeste pas nécessairement par quelqu’un qui pleure encore des années plus tard.
Elle peut être beaucoup plus discrète.
Elle peut apparaître dans notre manière de nous attacher aux autres.
Dans notre besoin de tout contrôler.
Dans notre incapacité à demander de l’aide.
Dans notre peur de dépendre de quelqu’un.
Dans notre difficulté à faire confiance.
Dans notre besoin constant d’être validé.
Dans notre réaction lorsqu’on nous critique.
Dans notre tendance à abandonner avant de risquer d’échouer.
Dans notre besoin de fuir dès qu’une situation devient inconfortable.
Dans notre manière de traiter les autres lorsque nous nous sentons rejetés.
On peut donc avoir enterré depuis longtemps le souvenir d’une blessure et continuer à organiser inconsciemment une partie de sa vie autour d’elle.
Et c’est précisément pour cela que l’introspection est difficile :
nous ne savons pas toujours que quelque chose en nous demande à être regardé.
Certaines personnes ont appris à confondre force et absence de vulnérabilité
Cette difficulté peut être particulièrement présente chez certaines personnes qui ont grandi avec l’idée que reconnaître une blessure revient à reconnaître une faiblesse.
Et cette éducation touche notamment beaucoup d’hommes.
Pendant longtemps, beaucoup de garçons ont entendu :
« Un homme ne pleure pas. »
« Sois fort. »
« Encaisse. »
« Ne montre pas tes faiblesses. »
« Passe à autre chose. »
Tous les hommes ne fonctionnent évidemment pas ainsi, et toutes les femmes ne possèdent pas une grande intelligence émotionnelle.
Mais certaines conceptions de la masculinité peuvent apprendre à un garçon à cacher une émotion avant même qu’il ait appris à l’identifier.
Il peut ensuite devenir un adulte parfaitement capable de travailler, d’assumer de grandes responsabilités, de construire des projets, de résoudre des problèmes et de prendre soin matériellement des autres…
tout en étant beaucoup moins équipé lorsqu’il faut reconnaître :
« Cette situation me fait peur. »
« Ce rejet touche quelque chose de profond chez moi. »
« J’ai du mal à faire confiance. »
« Ce reproche me bouleverse parce qu’il touche l’image que j’ai de moi. »
« Je ne comprends pas pourquoi je reproduis toujours cela. »
Alors la blessure peut ressortir autrement.
Par la colère.
Le silence.
La fuite.
Le détachement.
Le besoin de contrôle.
L’évitement.
Ou simplement par l’incapacité à rester suffisamment longtemps face à soi-même pour comprendre ce qui se passe.
La véritable force émotionnelle n’est pourtant peut-être pas de ne rien ressentir.
C’est d’être suffisamment solide pour regarder ce que l’on ressent sans avoir besoin de le fuir.
Quand les autres finissent toujours par être le problème
Il existe un signal qui mérite parfois notre attention.
Tous nos anciens amis étaient ingrats.
Tous nos partenaires étaient compliqués.
Tous nos collègues étaient jaloux.
Tous les membres de notre famille qui nous ont confrontés étaient injustes.
Tous ceux qui nous ont fait un reproche nous avaient mal compris.
Tous nos échecs viennent de quelqu’un qui nous a empêchés d’avancer.
Encore une fois, certaines de ces affirmations peuvent être vraies.
Il existe des familles difficiles.
Des partenaires toxiques.
Des amis déloyaux.
Des collègues malveillants.
Des injustices réelles.
Faire un travail sur soi ne signifie surtout pas apprendre à prendre la responsabilité de ce que les autres nous ont fait.
Mais lorsque personne ne semble jamais avoir eu une critique valable à nous adresser, il peut être utile de s’interroger.
Un reproche isolé peut être injuste.
Deux personnes peuvent se tromper sur nous.
Mais lorsque des personnes différentes, à des périodes différentes, dans des contextes différents, nous renvoient régulièrement quelque chose de similaire, peut-être que cela mérite au minimum d’être examiné.
Pas accepté aveuglément.
Examiné.
C’est cela aussi, l’intelligence émotionnelle :
être capable d’entendre quelque chose de désagréable sur soi sans devoir immédiatement choisir entre :
« Cette personne a entièrement raison »
et
« Cette personne est le problème. »
Nos justifications peuvent parfois nous protéger de nous-mêmes
Nous sommes extraordinairement doués pour expliquer nos comportements.
« J’ai réagi comme ça parce qu’il m’avait provoqué. »
« J’ai coupé les ponts parce qu’elle m’avait déçu. »
« J’ai abandonné parce que personne ne me soutenait. »
« Je lui ai parlé ainsi parce qu’il ne me respectait plus. »
« J’ai caché certaines choses parce que je savais qu’elle allait mal réagir. »
« Je me suis éloigné parce que cette personne était devenue trop compliquée. »
Une explication peut être vraie.
Mais expliquer pourquoi nous avons fait quelque chose n’est pas la même chose que déterminer si nous aurions pu agir autrement.
Et c’est là que le travail sur soi commence souvent.
Non pas :
« Est-ce que j’avais une raison ? »
mais :
« Même avec cette raison, est-ce que la manière dont j’ai agi correspond réellement à la personne que je veux être ? »
Quand on réécrit même le passé pour justifier le présent
Il existe une autre forme de justification particulièrement subtile.
Pendant des années, nous pouvons accepter certaines caractéristiques chez quelqu’un.
Les comprendre.
Les minimiser.
Dire qu’elles ne nous dérangent pas.
Parfois même défendre cette personne lorsque d’autres les lui reprochent.
Puis, lorsque la relation amoureuse, familiale, amicale ou professionnelle se détériore, ces mêmes éléments peuvent soudainement devenir des preuves que le problème existait depuis toujours.
Une ancienne confidence devient un argument.
Une faiblesse connue depuis longtemps devient une raison.
Un défaut autrefois accepté devient la justification parfaite de notre comportement actuel.
Et parfois, nous finissons par dire :
« Mais tu m’avais toi-même dit que tu étais comme ça. »
Ou :
« Je savais depuis longtemps que tu avais ce défaut. »
Comme si avoir connu une information auparavant suffisait à justifier tout ce qui s’est produit ensuite.
C’est humain de réinterpréter notre passé à la lumière de notre présent.
Mais il faut parfois faire attention à ne pas transformer rétrospectivement chaque détail de l’histoire en preuve que notre comportement actuel était inévitable.
Parce qu’à force de chercher des raisons partout, nous pouvons finir par construire une version de l’histoire dans laquelle nous n’avons plus rien à apprendre.
Faire du bien ne répare pas automatiquement le mal que nous refusons de regarder
Après avoir blessé quelqu’un, nous pouvons ressentir le besoin de faire quelque chose de bien pour cette personne.
L’aider.
Lui rendre service.
Être généreux.
L’accompagner dans un projet.
Être présent lorsqu’elle rencontre une difficulté.
Et cela peut être parfaitement sincère.
Les êtres humains sont complexes.
Quelqu’un peut avoir profondément blessé une personne et continuer malgré tout à tenir à elle.
Mais parfois, nos bonnes actions peuvent également devenir intérieurement une preuve :
« Je ne peux pas avoir si mal agi. Regarde tout ce que j’ai fait pour cette personne. »
Et c’est là qu’un piège apparaît.
Parce que faire du bien à quelqu’un aujourd’hui n’efface pas nécessairement la manière dont nous l’avons blessé hier.
Comme l’avoir blessé hier n’efface pas nécessairement tout le bien que nous lui avons fait auparavant.
Les deux peuvent coexister.
Nous pouvons avoir énormément apporté à quelqu’un et l’avoir blessé.
Nous pouvons avoir été généreux et avoir eu certains comportements destructeurs.
Nous pouvons être profondément attachés à notre famille et reproduire avec elle des mécanismes malsains.
Nous pouvons être un excellent ami sur certains aspects et avoir quelque chose à travailler dans notre manière de gérer les conflits.
L’une des phrases les plus difficiles à accepter est peut-être aussi l’une des plus libératrices :
« Je peux être quelqu’un de bien et avoir malgré tout certains comportements sur lesquels je dois travailler. »
À partir de ce moment, reconnaître une erreur ne menace plus toute notre identité.
Être une bonne personne ne dispense pas de travailler sur soi
Nous avons tendance à vouloir classer les êtres humains.
Les bons.
Les mauvais.
Pourtant, la réalité est beaucoup plus complexe.
Une personne peut être généreuse.
Travailleuse.
Protectrice.
Disponible.
Aimante.
Présente pour ses proches.
Et malgré toutes ces qualités, posséder un mécanisme qui fait régulièrement souffrir certaines personnes autour d’elle.
Reconnaître ce mécanisme ne détruit pas toutes ses qualités.
Au contraire.
C’est précisément parce que nous ne sommes pas condamnés à être définis par nos mauvais comportements que nous pouvons travailler dessus.
Le véritable danger apparaît peut-être lorsque nous avons tellement besoin de rester « quelqu’un de bien » dans notre propre histoire que toute critique devient une menace.
Alors nous ne cherchons plus à comprendre.
Nous cherchons à nous défendre.
Parfois, il faut accepter de rester suffisamment longtemps face à soi-même
Lorsque quelque chose s’effondre dans notre vie, notre premier réflexe peut être de remplir immédiatement l’espace laissé vide.
Une nouvelle relation.
Un nouvel ami.
Un nouveau groupe.
Un nouveau travail.
Un nouveau projet.
Une nouvelle distraction.
Un nouvel objectif.
Et avancer est nécessaire.
Mais parfois, le silence entre deux chapitres possède une utilité.
Parce qu’il nous oblige à rester un moment avec nous-mêmes.
Sans nouveau décor pour nous convaincre que tout va déjà mieux.
C’est parfois là que les vraies questions apparaissent :
Qu’est-ce que cette expérience m’a appris sur moi ?
Qu’est-ce que j’ai bien fait ?
Qu’est-ce que j’aurais pu faire autrement ?
Qu’est-ce qui m’a autant déclenché dans cette situation ?
Est-ce la première fois que je réagis ainsi ?
Qu’est-ce que plusieurs personnes m’ont déjà reproché ?
Qu’est-ce que je refuse systématiquement d’entendre ?
Pourquoi certaines situations me suivent-elles ?
Qu’est-ce que je ne veux surtout pas reproduire ?
Ce travail peut passer par l’écriture.
La lecture.
Des conversations avec des personnes suffisamment mûres pour ne pas simplement nous donner raison.
Parfois, nos parents, nos aînés, nos amis ou des personnes plus expérimentées peuvent nous permettre de voir un angle auquel nous n’avions jamais pensé.
Et lorsque certains mécanismes sont profondément enracinés, douloureux ou difficiles à comprendre, un professionnel peut nous aider à mettre des mots sur ce que nous n’arrivons pas à voir seuls.
Consulter un psychologue ne signifie pas nécessairement être malade ou incapable de gérer sa vie.
Cela peut simplement signifier :
« Il existe quelque chose que je reproduis et j’ai décidé de comprendre pourquoi. »
Le but n’est pas de trouver un coupable. C’est d’interrompre le cycle.
Faire un travail sur soi ne consiste pas à conclure :
« Tout était de ma faute. »
Ce serait aussi simpliste que de conclure :
« Tout était de la faute des autres. »
Dans une même histoire, plusieurs responsabilités peuvent coexister.
Quelqu’un peut nous avoir blessés.
Et nous pouvons avoir certaines choses à travailler.
Nous pouvons avoir subi une injustice.
Et découvrir malgré tout quelque chose sur nous-mêmes à travers cette expérience.
Nous pouvons reconnaître nos erreurs sans accepter celles qu’on essaie de nous attribuer injustement.
L’introspection n’est pas un procès.
C’est une enquête.
Une enquête dans laquelle la question n’est pas :
« Qui est la mauvaise personne ? »
mais :
« Qu’est-ce que je dois comprendre pour ne pas revivre indéfiniment certaines choses ? »
Parce que nous sommes la seule personne que nous emportons partout
On peut changer de partenaire.
Changer d’amis.
Changer de travail.
Changer d’équipe.
Changer de ville.
Changer de projet.
Changer d’entourage.
Parfois, ces changements sont nécessaires et nous sauvent réellement d'environnements qui ne nous conviennent plus.
Mais il existe une personne que nous emportons dans chacune de ces nouvelles vies :
nous-mêmes.
Nos qualités viennent avec nous.
Mais nos peurs aussi.
Nos blessures.
Nos mécanismes de défense.
Nos habitudes.
Nos façons d’aimer.
Nos manières de gérer les conflits.
Nos façons de fuir.
Nos contradictions.
Et tout ce que nous n’avons jamais voulu regarder.
Alors, lorsque le même type de difficulté revient encore et encore, la question n’est peut-être pas toujours seulement :
« Pourquoi est-ce que je tombe toujours sur les mauvaises personnes ? »
Elle peut parfois devenir :
« Pourquoi quelque chose de similaire se rejoue-t-il dans ma vie, même lorsque les personnes et les situations changent ? »
Cette question demande du courage.
Parce qu’il est beaucoup plus confortable de changer de miroir que de regarder longtemps son reflet.
Mais le jour où l’on accepte enfin de le regarder, quelque chose devient possible.
On peut comprendre.
On peut apprendre.
On peut demander de l’aide.
On peut réparer certaines choses.
On peut accepter certaines blessures.
On peut faire des choix différents.
Et surtout, on peut arrêter de transmettre aux autres ce que nous n’avons jamais voulu soigner en nous.
Parce qu’au fond, travailler sur soi ne consiste pas à devenir parfait.
Cela consiste peut-être simplement à faire en sorte que ce qui nous a blessés hier ne devienne pas, inconsciemment, ce avec quoi nous blesserons les autres demain.

